La FNSEA dénonce un projet qui menace l’unité de la Pac
Des représentants français et européens ont contesté les orientations budgétaires proposées par la Commission européenne pour la future Pac post-2027. Ils y voient un risque de fragmentation du cadre commun, au détriment des agriculteurs français.
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« Nous, les agriculteurs, devons faire comprendre à la Commission que l’agriculture est une arme alimentaire stratégique et qu’il sera nécessaire d’y consacrer davantage de budget afin de mieux l’accompagner et de réduire notre dépendance aux importations. » C’est ce qu’a déclaré le vice-président de la FNSEA et du Copa (Comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne), Franck Sander, lors d’une conférence de presse au Salon international de l’agriculture (Sia, Paris), le lundi 23 février 2026. Avec Yannick Fialip, président de la commission économique de la FNSEA, et Elli Tsiforou, secrétaire générale du Copa-Cogeca, il a fait part de son opposition aux propositions de la Commission européenne pour la Pac post-2027.
Vers vingt-sept politiques agricoles nationales
Le grief central formulé par les intervenants porte sur l’architecture budgétaire envisagée par la Commission européenne. En accordant une flexibilité étendue aux États membres, notamment par un recours accru au cofinancement national, Bruxelles ouvrirait la voie à des divergences entre pays.
Les États disposant des capacités budgétaires les plus importantes, ou d’une volonté politique plus affirmée, pourraient abonder significativement les fonds européens pour soutenir leurs agriculteurs. Les autres se trouveraient mécaniquement désavantagés. Ce que la FNSEA et le Copa-Cogeca redoutent, c’est la substitution d’un cadre commun par une mosaïque de vingt-sept politiques nationales, incompatible selon eux avec le bon fonctionnement du marché unique et de la chaîne alimentaire européenne.
La réduction du poids budgétaire de la Pac accentue ces inquiétudes. « Nous constatons des coupes significatives, alerte Elli Tsiforou : une baisse de 20 % du budget, et la Pac, qui fait partie intégrante du budget européen, passe de 30 % à 15 % de celui-ci. » Des propositions d’autant plus mal reçues qu’elles auraient été élaborées sans la concertation habituelle avec les partenaires sociaux agricoles, rompant avec la pratique institutionnelle habituelle. Franck Sander précise que, grâce aux mobilisations syndicales, les propositions initiales de la Commission ont été rallongées de quelques milliards d’euros. Malgré cette remontée, les montants sont toujours jugés insuffisants pour répondre aux enjeux de souveraineté et de transition
La France en position défavorable
Pour la France, même dans l’hypothèse où le pays mobiliserait l’intégralité des nouvelles enveloppes disponibles, la FNSEA estime que l’agriculture accuserait une perte de 13 % par rapport à son budget historique, soit environ un milliard d’euros. La Pologne, à titre de comparaison, pourrait, elle, voir son enveloppe progresser de plus de 30 %, selon le syndicat. La France se retrouverait ainsi dans la position du grand perdant, dans des négociations où son poids agricole au sein des Vingt-Sept devrait pourtant lui conférer une grande influence dans les discussions.
Franck Sander souligne que les négociations entrent dans une phase décisive, et la FNSEA n’a pas manqué de le rappeler au président de la République lors de sa visite au salon le 21 février. Lui, comme le Premier ministre et la ministre de l’Agriculture, ont affirmé qu'« il ne manquera pas un centime aux agriculteurs sur la future Pac ».
Un engagement que la FNSEA entend désormais mesurer à l’aune des négociations en cours. Les représentants agricoles demandent donc au chef de l’État de peser dans les prochaines discussions, qui s’accéléreront d’ici à la fin de l’année. Pour Franck Sander, si Emmanuel Macron a su convaincre lors des négociations précédentes, il lui appartient désormais de « transformer l’essai ».
Mais le mandat présidentiel s’achève dans un an. Les organisations professionnelles souhaitent que des principes clairs soient actés au plus vite, afin que les producteurs ne soient pas « surpris » par de nouvelles orientations en cours de route, après un changement de majorité ou de gouvernement.
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